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Afrique du Sud: des baskets qui font marcher Soweto, mais pas le commerce

         Date: 2012-07-30

           Tag: Afrique, Afrique commerce

Summary: Dans un pays qui manque pourtant cruellement d'emplois, ce jeune homme passionné est typique de cet entrepreneuriat qui fait défaut à l'Afrique du Sud.

Sifiso Dlamini appartient à la jeunesse noire branchée de Johannesburg, qui donne à la capitale économique sud-africaine des airs de New York. Mais plus qu'une victime de la mode, ce créateur de baskets tendance est surtout l'exemple de la difficulté à développer son entreprise.

Dans un pays qui manque pourtant cruellement d'emplois, ce jeune homme passionné est typique de cet entrepreneuriat qui fait défaut à l'Afrique du Sud.

Sifiso persévère depuis six ans dans l'unique projet qui lui tienne à coeur: fabriquer des "sneakers", ces baskets que l'on voit aux pieds des danseurs de hip-hop, languette béante, velcro en pendouille.

La mode cette année n'est pas au vert et jaune, couleurs de l'ANC, le parti centenaire au pouvoir, mais au "noir et brun car on peut les porter avec presque tout", dit Sifiso, 24 ans, qui reçoit l'AFP dans le local carrelé qu'il loue 100 euros par mois près d'une zone d'activités, et où s'entassent des bobines de fils, pots de colle, galons, chutes de cuir, semelles.

Lui-même adore les écossais, quitte à travailler de beaux tweeds recyclés empruntés à la veste d'un oncle.

Sa clientèle est originaire de la township de Soweto comme lui. De celle qui a des comptes à crédit pour se looker de la tête au pied, achetant des chaussures donnant "une démarche de roi inspirant le respect" aux hommes, et aux femmes "une allure sexy, relax".

Une paire fait main avec le logo "Eish Hade", une expression qui signifie "Oups excusez-moi!", coûte de 350 à 600 rands (34 à 58 euros). "Du solide", assure-t-il. "On prend notre temps!"

Les commandes affluent, mais Sifiso ne peut pas suivre. Ni ouvrir une boutique dans le "CBD", le coeur historique des affaires de Johannesburg, décor à la West Side Story déserté à la fin de l'apartheid et progressivement réinvesti par les artistes et créateurs.

Il travaille dur, à l'image du credo professé à longueur d'interviews par les self-made men noirs qui expliquent que le secret est de ne pas paresser.

Mais il n'a que deux apprentis de 20 et 21 ans, payés 2.000 rands (194 euros) et deux machines à coudre. Au maximum, cinq paires sortent de ses chaînes toutes les semaines.

L'an dernier, il a approché une banque pour un crédit de 100.000 rands (moins de 10.000 euros), finalement refusé. "Evidemment j'ai besoin de capital pour acheter des machines à coudre", dit-il, mais "les gens ne veulent pas croire dans ce business car c'est trop petit. Ils regardent juste si on gagne de l'argent".

Des gens comme Sifiso, "il y en a des centaines de milliers", explique Lumkile Mondi, chef économiste de l'agence Industrial Development Corporation (IDC), qui aide les petites entreprises, avec un ticket d'entrée beaucoup plus lourd que les besoins de Sifiso: des prêts à un million de rands (97.600 euros).

"Ils se financent grâce à la famille jusqu'à ce qu'ils gagnent de l'argent. A moins d'avoir une famille aisée, c'est difficile", ajoute-t-il.Selon lui, l'Afrique du Sud souffre "d'une absence de capital-risque, sauf pour l'informatique et les services financiers".

"Deuxième problème, le gouvernement joue son rôle mais les gens ne connaissent pas les institutions où s'adresser. Troisièmement, les banques veulent des données sur le marché visé et ils (les néo-entrepreneurs, ndlr) ne savent pas comment présenter ou articuler leur projet marketing", dit-il.

L'Afrique du Sud reste handicapée par son histoire minière, qui a assis l'économie sur de grands groupes, plutôt que sur la petite entreprise, relève également Clem Sunter, un ancien du géant minier Anglo American reconverti dans l'analyse-risque pays.

"Notre but pour 2020 devrait être de créer un million de nouveaux business plutôt que 5 millions d'emplois", dit-il en référence aux objectifs du gouvernement qu'aucune grande entreprise, ni service public ne pourra remplir.

Depuis un an, Sifiso garde tous ses reçus pour présenter des livres de comptes dignes de ce nom. Mais, pour l'instant, il écoule sa marchandise par le bouche à oreille ou Facebook, n'a pas de comptable et ne paye pas d'impôts.


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